Quand la scène devient une école

Depuis 13 ans, l’auditorium de l’École polyvalente Jonquière se transforme en lieu de création où les jeunes du programme Arts et métiers de la scène (AMS) prennent plaisir à explorer différentes facettes du théâtre, de la scénographie et de la technique de scène. La passion qui se dégage de ce programme se traduit par une hausse de sa popularité.

AMS rejoint un grand bassin d’élèves, que ce soit des mordus de théâtre, d’arts visuels ou même des jeunes qui désirent simplement briser les barrières de la gêne. Et plus les années passent, plus le nombre d’inscriptions augmente. «Lors de la création d’AMS, il y avait un seul groupe de quatrième secondaire, ainsi qu’un de cinquième secondaire. Puis, voyant l’intérêt, on a ajouté un groupe par niveau, puis un autre et, dans certains cas, un autre», indique avec fierté le directeur du programme pour le deuxième cycle, Yves Larouche. Présentement, il y a 338 élèves inscrits en AMS, ce qui représente un peu moins du tiers du nombre d’élèves de la polyvalente Jonquière.

Tissés serrés

Pendant les mois où ils préparent leur pièce de fin d’année, la scène devient le terrain de jeu des jeunes, l’endroit où ils peuvent apprendre, faire des erreurs, grandir. «L’important, c’est d’essayer quelque chose. Vous avez le droit de vous tromper», indique l’enseignante d’art dramatique Nathalie Pelletier aux élèves de quatrième secondaire, lors d’un cours.

La relation que déve- loppent les élèves avec leurs enseignants au fil des années est d’ailleurs un aspect du programme que les jeunes apprécient particulièrement. «Notre relation avec eux est différente de celle avec les autres enseignants. Nous sommes plus proches», fait valoir Anne-Julie Ratthé, une élève de quatrième secondaire. L’augmentation du nombre d’élèves n’a pas permis de créer de nouveaux emplois jusqu’à présent, mais stabilise toutefois ceux déjà existants. La consolidation améliore la qualité de l’enseignement, puisqu’une équipe de professionnels peut se concentrer exclusivement sur les cours offerts aux jeunes inscrits en AMS. «Ça rend l’équipe plus solide et améliore sa pérennité», ajoute Yves Larouche.

Si le nombre d’inscriptions est en hausse, ce n’est pas au détriment des trois autres programmes particuliers offerts par la Commission scolaire de La Jonquière, soit Sport-Arts- Études, le programme d’Études internationales et Langues- Études. C’est du moins ce que remarque la conseillère en communication de l’institution, Marie-Ève Desrosiers.

Accessibilité

Le programme s’adresse à tous, ce qui permet aux jeunes de s’inscrire, même si leurs résultats académiques ne sont pas excellents. «Ce n’est pas un programme réservé à l’élite et jamais ça ne le deviendra. On exige seulement que les jeunes obtiennent la note de passage dans tous les cours», mentionne Yves Larouche.

Depuis son implantation, la formation a beaucoup évolué, selon le directeur. En effet, la qualité du programme d’enseignement s’est améliorée. Aussi, en 2012, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) a reconnu AMS comme étant un projet particulier de formation en arts, un titre qui a fait briller la formation à travers la région. «Ça a eu un effet boule de neige», rapporte le directeur, ajoutant que cette reconnaissance donne une certaine crédibilité au programme.

Un bagage considérable

Bien au-delà des connaissances liées au monde de la scène et des arts plastiques qu’ils acquièrent au fil de leur formation, les jeunes apprennent à s’exprimer devant un public, à prendre leur place et à se faire confiance. «AMS nous aidera certainement dans nos relations sociales, nous sommes moins timides», mentionne Anne-Julie, qui était elle-même très gênée à son arrivée en AMS. «Nous allons plus facilement vers les gens», renchérit sa collègue Marianne Lapointe. Tous ces outils de communication leur serviront au cours de leur vie, peu importe s’ils poursuivent ou non leur cheminement scolaire en théâtre. «On ne veut pas forcément en faire des comédiens. Le but est de raccrocher des élèves, de leur permettre de développer leur passion pour les arts tout en faisant leurs études secondaires», souligne M. Larouche, convaincu que le programme a encouragé des jeunes à terminer leurs études, malgré le fait que l’école n’est pas une partie de plaisir pour tous.

Effectivement, pour de nombreux élèves, les cours spécialisés sont une motivation, une raison de vouloir tout mettre en œuvre pour réussir à l’école. Émilie Fillion, 15 ans, fait partie de ceux-là. «AMS, c’est vraiment ce qui me pousse à me lever chaque matin», soutient-elle avec conviction. Cette étudiante de troisième secondaire a toujours eu un intérêt pour les arts de la scène, mais elle est inscrite au programme depuis septembre seulement. Même si elle a dû changer d’école, elle ne regrette pas du tout sa décision. «Depuis que je suis toute petite, j’aime créer des personnages et m’exprimer. AMS a été une délivrance pour moi», témoigne Émilie. De son côté, Marianne Lapointe était auparavant inscrite au programme Langues-Études, mais elle a finalement écouté son cœur et s’est inscrite en AMS. «Je regrette de ne pas être venue ici avant, exprime- t-elle en riant. C’est tellement le fun !»