Des milléniaux adoptent un mode de vie ancestral

Se faire réveiller le matin par le chant des oiseaux et la lumière naturelle, réchauffés par l’onde chaleureuse du poêle à bois qui trône au milieu du dôme, voilà la nouvelle vie qui attend Gabrielle Gagnon et Mathieu St-Jean. Le couple, début vingtaine, a décidé de s’établir au Saguenay–Lac-Saint-Jean où leur petit nid d’amour prendra la forme d’une yourte. Coup d’œil sur ce mode de vie nomade ancestral qui rejoint étonnamment le quotidien des jeunes milléniaux.

Les yourtes sont des habitations en toile de forme circulaire et supportées par des armatures de bois. Elles sont fréquemment utilisées en Asie centrale, principalement chez les peuples de Mongolie ou du Turkménistan. Les premières traces de leur présence datent du troisième millénaire avant Jésus-Christ, mais elles sont encore aujourd’hui utilisées.

Grâce à la mode du «glamping», une forme de tourisme alternatif, la tendance a rejoint le Québec dans les dernières années. «C’est un phénomène mondial. Le courant vient de l’Ouest canadien et américain, où les adeptes sont nombreux», affirme la directrice au développement des affaires
à l’entreprise en construction de yourtes Imago Structure, Martine Houde. Basé à Saint-David-de- Falardeau, Imago Structure est spécialisé dans la vente de yourte aux particuliers au coût variant entre 20 000 $ et 30 000 $, mais également aux promoteurs qui veulent implanter des projets touristiques basés sur ce type d’hébergement. Gabrielle Gagnon et Mathieu St-Jean ont acheté une yourte usagée construite par Imago Structure et ils s’installeront pour de bon dans leur demeure en juin.

Retour aux sources

Les deux amoureux vivront sans eau courante pendant toute l’année. Des panneaux solaires alimenteront leur logis en électricité et l’eau sera ache-minée par barils jusque dans leur yourte. La salle de bain sera extérieure, hiver comme été. «C’est un gros défi , mais on est capables, on cherche ce mode de vie depuis qu’on se connaît», affirme Gabrielle Gagnon tout sourire, sans une seule pointe d’inquiétude dans la voix.

Vivre en yourte est un mode de vie prisé pour sa proximité avec la nature. La structure en toile permet d’entendre tous les bruits extérieurs, que ce soit des gazouillis d’oiseaux au soleil levant en plein été ou des chutes de neige incessantes lors des longs mois d’hiver. Les grandes fenêtres permettent aussi d’en avoir plein la vue. «On cherchait pour des mini maisons au départ, mais le concept des yourtes nous a charmés. C’est comme si on était dehors, tout en restant à
l’intérieur», explique Gabrielle Gagnon. La jeune enseignante en adaptation scolaire a aussi précisé que la forme circulaire, souvent associée au «cercle de la vie», apporte une sensation apaisante au quotidien.

Le Yukon, maître des yourtes

Le couple a vécu au Yukon pendant un an dans un petit chalet s’apparentant à une mini maison. La simplicité volontaire est ainsi devenue un tournant important dans leur vie et c’est depuis qu’ils veillent à adapter cette philosophie même chez eux, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. «On ne dépend de personne et on apprécie tellement plus ce qu’on a... le peu d’électricité qu’on emmagasinera, on en prendra soin», assure la jeune femme de 24 ans.

Les yourtes sont très prisées au Yukon. «Là-bas, ce n’est pas marginal et c’est accepté partout», souligne Martine Houde. Toutefois, le Québec n’est pas aussi avancé que les autres provinces canadiennes sur le sujet. Gabrielle Gagnon déplore d’ailleurs ce retard. «On n’encourage pas les jeunes à vivre dans la simplicité, sans avoir un gros hypothèque», réplique t-elle.

Les législations municipales restent encore très floues. Aux yeux de la Régie du bâtiment, les yourtes sont acceptées comme étant des maisons à part entière, mais les municipalités ne sont pas toujours du même avis. «Les choses changent tranquillement. La province s’adapte à la tendance et la légalité des yourtes dépend de chaque municipalité. Il faut tomber sur le bon terrain, dans la bonne ville», affirme Martine Houde.

Gabrielle Gagnon et Mathieu St-Jean envisagent leur prin- temps avec fébrilité et n’at- tendent que la fonte des neiges pour s’installer. Au menu: plus de bonheur, moins de stress et toujours plus de complicité.
Chose certaine, dans leur yourte flottera une douce harmonie qui aurait de quoi faire fondre n’importe quel hiver persistant.