Dehors novembre

Suivant constamment l’évolution des brises, pour être certaine de ne pas manquer le vent parfait pour une sortie de kite surf, Sylvie Gravel ne s’est pas fait prier quand elle a vu sur les radars que les vents allaient souffl er sur le lac Saint-Jean en ce premier samedi de novembre. Elle s’est donc rendue à SaintGédéon en début d’après-midi alors que le matin même, une couche de neige recouvrait encore le sol de la région.

«La neige, le froid, la pluie, ce sont toutes des barrières mentales, confie celle qui travaille à Télé-Québec la plupart du temps, mais qui est, avant tout, une amateure de plein air à temps plein. Une fois que tu passes par-dessus le plus gros est fait. Il s’agit juste de se donner le coup de pied qu’il faut pour le faire. Un moment donné, on n’a pas le choix, surtout quand le vent se lève, parce qu’il ne vente pas nécessairement tous les jours.»

Sylvie Gravel représente le parfait exemple de ces passionnés qui ne se laissent pas gagner par la morosité de novembre. Pour ces amateurs de plein air, qui se considèrent eux-mêmes comme des «crinqués», il s’agit non seulement d’un moyen pour garder le moral, mais aussi de tester leurs limites en confrontant mère Nature.

Très peu savent que certains sports se pratiquent toujours à cette période-ci de l’année selon Martin Tremblay qui pratique le fatbike, mais également le surf sur le lac Saint-Jean. Il s’étonne même parfois qu’il n’y ait personne à l’extérieur lorsqu’il fait ses sorties. Pour lui, l’automne est une bonne saison, puisque c’est l’une des seules où le lac Saint-Jean est assez déchaîné pour pouvoir le surfer.

Prendre une pause pour

bouger Certaines personnes s’arrangent avec leur patron pour prendre congé quand une bonne bourrasque pointe le bout de son nez, comme l’explique Alexis Allard, un Acadien amateur des sports de cerf-volant, qui est venu s’installer au Saguenay, principalement pour profi ter des nombreux endroits où il est possible de pratiquer son sport favori dans des décors «à couper le souffle ».

C’est exactement la technique que la plupart des amateurs de plein air rencontrés mettent en pratique, car pour eux, pas question de laisser passer une journée où les conditions sont favorables à la pratique de leur discipline. Dans leur cas, le sport passe avant bien des choses, même le travail. «Il ne faut pas oublier que notre corps est un temple, dit Martin Tremblay. C’est un art de le préserver».

Disciplines assidues

Si pour un certain type de sportifs, ce sont les forts vents d’automne qui les attirent à l’exté- rieur, d’autres attendent plutôt des conditions plus clémentes pour sortir. Encore là, il faut être équipé en conséquence puisqu’il fait tout de même froid et que la pluie et le gel rendent les terrains plus difficiles à pratiquer.

Au parc Panoramique à Chicoutimi, le stationnement se remplit presque toutes les fi ns de semaine, car des gens de partout dans la région viennent y pratiquer le vélo de montagne. Mais à l’arrivée de l’hiver, les gens troquent leur vélo de montagne pour le fatbike. Sur le marché depuis seulement quelques années, ce type de vélo aux énormes roues est beaucoup plus stable et permet même de rouler sur la neige et la glace. La fi n de semaine dernière, plusieurs ont profi té du beau temps pour aller tester leur nouvelle acquisition qui leur permettra de braver les terrains accidentés.

Pour Karl Fournier, l’automne, c’est le vent, les oiseaux, les feuilles mortes, mais aussi une période où il n’y a pas de «bibittes». L’amateur d’escalade a invité ses amis à prendre une pause dans leurs études ou leur journée, en plein lundi, pour aller grimper les parois du secteur nord de Chicoutimi. Il explique que les parois qui s’y trouvent ont l’avantage d’être orientées au sud, ce qui fait qu’aussitôt qu’il y a un peu de soleil, elles se réchauffent même si la température extérieure est sous zéro. «Certains grimpent toute l’année», raconte le jeune homme qui est venu s’installer au Saguenay, lui aussi, pour profi ter du «terrain de jeux», comme certains l’appellent.

Malgré le fait que plusieurs parcs nationaux et centres de plein air ferment leurs portes en attendant la saison hivernale, tous les amateurs de plein air rencontrés s’entendent pour dire que c’est encore le temps, même au mois de novembre, de s’emmagasiner de l’énergie et de profi ter de décors impossibles à avoir dans une salle de sport. «Les gens ne le savent pas toujours, mais souvent il suffi t de mettre une couche de plus pour pouvoir continuer de sortir, comme en été», conclut Sylvie Gravel.