Plaidoyer pour un salaire viable

Le 1er mai, le salaire minimum augmentera de 50 cents de l’heure au Québec. Il passera de 10,75 $ à 11,25 $, un salaire qui, même à temps complet, ne permettra pas de subvenir aux besoins primaires d’une famille ou d’un individu.

Nathalie a 37 ans. Elle habite à Saguenay. Elle est caissière et mère monoparentale. Nathalie travaille au salaire minimum. Selon le portrait dressé par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques du Québec (IRIS), elle gagne 20 963 $ par année, après les subventions et l’allocation alimentaire, elle s’en tire avec 32 677 $. Malgré tout, il lui manque 4 671 $ pour vivre avec sa fille Léa, 10 ans. Nathalie n’est pas seule dans cette situation… et ce n’est pas 50 cents de plus qui changeront la donne.

À quoi bon augmenter le salaire minimum tout en sachant que les travailleurs vivront toujours sous le seuil de la pauvreté ? Il est inconcevable de s’opposer au fait que certains puissent améliorer leurs conditions de vie, mais il faut trouver des solutions réelles et l’adoption d’un salaire viable en est une.

Selon l’IRIS, le salaire viable est un taux horaire qui permet à un travailleur de gagner assez d’argent pour satisfaire ses besoins de base et ceux des personnes à sa charge, de participer à la vie culturelle, politique et économique, en plus de laisser une certaine marge de manoeuvre en vue de transformer sa situation socioéconomique. L’épargne et la fin de la pauvreté sont primordiales dans le concept de salaire viable.

Pour calculer ce salaire, il faut considérer le revenu nécessaire dont doit disposer un ménage, tout en s’assurant que le travailleur peut mettre de l’argent de côté. Comme le coût de la vie n’est pas le même partout, il faut aussi prendre le lieu de résidence en compte.

Un salaire viable pour un résident de Montréal, Québec, Saguenay, Trois-Rivières ou Sept-Îles est supérieur de 0,92 $ à 8,83 $ par heure au salaire minimum actuel.

En plus de permettre à chaque Québécois auparavant payé au salaire minimum un taux horaire plus intéressant, il offrirait une certaine équité économique en considérant la situation familiale et les besoins des travailleurs.

Bien qu’une telle mesure serait difficile à appliquer au Québec en raison d’une lourde bureaucratie et d’une administration complexe, on ne peut être contre la vertu. En attendant, les travailleurs au salaire doivent se contenter du 50 cents supplémentaires qu’offre le gouvernement du Québec mais gardons en tête qu’on peut toujours faire mieux.