Faire tomber les tabous

Former les intervenants à l’arrivée de personnes âgées homosexuelles (LGBT) dans les CHSLD. C’est la brillante idée du projet Pour que vieillir soit gai, qui verra le jour dans la région dans quelques mois, et qui va permettre de faire tomber plusieurs stéréotypes.

Selon l’échelle de Kinsey, qui est utilisée pour évaluer approxi- mativement le nombre de personnes homosexuelles dans la société, environ 10 % d’une population est LGBT. Le Saguenay– Lac-Saint-Jean compte 270 000 personnes. Donc, ce sont pas moins de 27 000 personnes qui devraient s’identifier LGBT dans la région.

Or, l’Association des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentitaires (AGL-LGBT) du Saguenay n’a pas été en mesure de trouver une seule personne homosexuelle dans les CHSLD de la région. Ce constat aberrant est la preuve que même en 2017, beaucoup trop de préjugés persistent. Les remarques et les commen- taires négatifs à l’égard des personnes LGBT fusent sans relâche dans les rues, sur les réseaux sociaux.

Cependant, l’AGL-LGBT sort du lot et propose une initiative qui ne sera que bénéfique, tant pour les retraités que pour le reste de la société. Un sondage mené par la fondation Émergence en mai 2016 a en effet révélé que 75 % des Québécois connaissent une personne LGBT de moins de 65 ans, contre seulement 25 % qui en connaissent au moins une de plus de 65 ans.

Si personne ne leur tend la main maintenant, qui le fera? L’AGL-LGBT prend la remarquable initiative de faire la lumière sur ce fléau, en s’inspirant de tout ce qui se passe ailleurs dans le monde. Des campagnes du même genre ont déjà commencé à Montréal et Edmonton, le Royaume-Uni va créer sa première maison de retraite LGBT à Manchester. Et la Maison arc-en-ciel, exclusivement réservée aux personnes âgées LGBT, a ouvert ses portes en 2013 à Stockholm, en Suède.

La stigmatisation fait des victimes auprès des personnes nées dans les années où la société était régie par la religion, et que l’homosexualité n’était pas acceptée. Rappelons qu’au Québec, l’homosexualité a été décriminalisée seulement en 1969, et était considérée comme maladie mentale jusque dans les années 1970.

Les personnes âgées ont donc appris à se cacher pendant toute leur vie, ou presque. La peur du jugement l’a emporté sur la volonté de «sortir du placard» puisque personne ne leur a appris que c’était acceptable d’être attiré par une personne du même sexe. Grâce au projet Pour que vieillir soit gai, certains pourront donner un second souffle à leur vie, et cesser de se camoufler derrière des apparences.