Du papier transformé en charbon

Donner une deuxième vie au papier en le transformant en charbon : c’est ce qu’a réussi à faire l’enseignant de chimie Rémy Larouche. Le Baieriverain a développé cette nouvelle technologie avant-gardiste dans son garage.

Selon des statistiques du Conseil de l’industrie forestière du Québec, en 2009, la production de papier au Canada a connu une baisse de 15% par rapport à 2005. Cette crise a frappé de plein fouet l’industrie de la récupération puisqu’elle est fortement liée à l’industrie des pâtes et papiers.

Un directeur associé d’une entreprise de matières résiduelles qui préfère ne pas dévoiler son nom dans ce contexte confie que « le papier s’accumule dans les entrepôts, car le nombre de commandes a fortement diminué». En 2009, l’entreprise traitait trois tonnes de papier par jour. Aujourd’hui, elle n’arrive qu’à vendre une tonne par semaine.

Selon lui, près de 90 % du papier recyclé est entreposé en attendant les nouveaux acheteurs, car le coût du désencrage des feuilles est extrêmement élevé. « On a collaboré avec M. Larouche afin de trouver un nouveau moyen de réutiliser le papier pour garder la population motivée à faire du recyclage », explique-t-il.

M. Larouche a donc construit une machine qui chauffe le papier, sans toutefois le brûler, à une température tellement élevée qu’il se carbonise, c’est-à-dire qu’il se transforme en carbone. L’élément chimique est ensuite chauffé et pressé afin de créer du charbon pur.

Avec sept tonnes de papier, le prototype peut créer une tonne de charbon, le tout en seulement une heure.

Une solution écologique

Le charbon extrait de mines est polluant, car il a emmagasiné une quantité énorme de CO2 depuis des milliers d’années. « Lorsqu’on brûle du charbon de mine, il dégage d’un seul coup une quantité phénoménale de gaz à effet de serre et d’autres impuretés comme du soufre », explique le professeur de chimie analytique au Cégep de Jonquière.

Comme le charbon créé à partir de papier recyclé est pur, il a un bilan carbone de zéro. Cela veut dire qu’il n’émet pas plus de gaz à effet de serre que l’arbre original n’en aurait produit en se décomposant naturellement. Également, comme ce nouveau type de charbon ne contient pas de soufre, il ne peut pas causer de pluies acides en s’évaporant.

Une idée novatrice

Afin de maximiser l’aspect énergétique, pratique et environnemental du projet, M. Larouche propose une solution originale : des camions-usines.

Le système de transformation ne nécessite pas une grande surface. Il serait donc installé à l’intérieur de camions qui pourraient se déplacer directement aux entrepôts de papier. « Le projet n’impliquerait pas la construction d’une usine gigantesque ni la consommation d’une grande quantité d’énergie. »

Cette technologie n’est actuellement pas en vigueur, mais M. Larouche croit que le projet débutera officiellement à la fin 2018. Éventuellement, cette technologie pourra même créer du charbon à partir de compost, de sciure de bois et de grains de café utilisés.