Pénurie des pharmaciens au Québec : la région s’en tire bien

À l’Hôpital de Chicoutimi, les pharmaciens sont passablement occupés, car à 17, ils doivent abattre la tâche habituellement accomplie par 19 personnes. Mais comparativement à d’autres établissements de santé de la province, ils s’en sortent plutôt bien.

Les données d’une récente étude commandée par l’Association des pharmaciens en établissement de santé (A.P.E.S.) chiffraient la pénurie au Québec à un peu plus de 23 %, soit 288 postes. C’est dire qu’il manque tout près du quart des pharmaciens dans l’enceinte des établissements de santé au Québec.

Le chef du département de pharmacie au Centre de santé et services sociaux de Chicoutimi (CSSS), Martin Côté, est à même de constater les effets de cette pénurie. «Elle est présente à tous les niveaux. Il faut simplement vivre et s’adapter à cette réalité puisque l’impact se fait surtout sentir sur les autres pharmaciens du département, pas vraiment sur le résultat de la tâche à exécuter», admet-il.

Dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean le taux de pénurie est fixé à 15% de postes vacants, l’un des plus bas à l’échelle provinciale avec la région de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent. Martin Côté est conscient de cette donnée : «Le plan d’effectifs a été constitué en fonction de normes qui commencent à être désuètes. L’Ordre des pharmaciens du Québec travaille à la refonte des normes pour 2014 afin de mettre en lumière le travail des pharmaciens et prendre en considération les changements du métier comme les avancées technologiques», explique-t-il.

Pour maintenir le taux de pénurie à son niveau actuel en établissements de santé, 115 étudiants devraient être diplômés chaque année du programme de Maîtrise en pharmacothérapie avancée de l’une des deux facultés du genre au Québec, soit l’Université de Montréal et l’Université Laval, note le président de l’Association des pharmaciens en établissement de santé, François Paradis.

Or, la cohorte qui sera diplômée cette année n’est que de 75 étudiants. Une nette amélioration tout de même comparativement aux dernières années, mais y a-t-il vraiment place à la réjouissance? Pas selon la directrice générale et porte-parole officielle de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Manon Lambert.

Cette pharmacienne de plus de 25 ans d’expérience confie que des temps tout aussi difficiles se dessinent à l’horizon puisqu’une grande partie des baby-boomers se préparent à quitter pour la retraite au fil des prochaines années, et ce, tant en pharmacie que dans d’autres domaines.

«Sans dire que la pénurie s’aggravera de plus belle, nous arrivons dans la partie charnue de la poire qui signifie un départ prononcé à la retraite des personnes issues du baby boom», ajoute Mme Lambert. La porte-parole est bien placée pour commenter la situation puisqu’elle a occupé les fonctions de directrice générale de l’A.P.E.S. durant dix ans, avant de se joindre à l’Ordre.

Pharmacies privées

En ce qui concerne les pharmacies privées, l’Ordre des pharmaciens du Québec dispose, pour sa part, des données de 2009 qui quantifiaient la pénurie en milieu communautaire, soit en pharmacie privée, à environ 5 %.

La chef du service des communications de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Julie Villeneuve expliquait que cette pénurie ne se limitait pas qu’aux pharmaciens en établissement de santé, mais qu’elle était bien généralisée à travers le milieu. L’Ordre est d’ailleurs préoccupé par les ruptures de services qui pourraient survenir au sein des établissements de santé et de l’absence de pharmaciens sur les unités de soins, soutient-elle.

Un placement difficile

Augmenter le nombre d’étudiants de la cohorte annuelle au programme de Maîtrise en pharmacothérapie avancée semble représenter la solution de premier recours pour résorber cette pénurie et l’Ordre y a songé. Le problème, selon la directrice générale de l’organisme, réside dans le peu de places de stage pour les finissants du programme.

«C’est souvent l’œuf ou la poule, un cercle vicieux qui revient sans cesse. Une année nous avons plus de places de stage disponibles que de finissants, alors que l’année suivante, c’est l’inverse. Il y a une limite à tous les mettre en centre hospitalier universitaire!», s’est exclamée Manon Lambert au combiné. Seulement une personne sur dix sera admise au programme de Maîtrise en pharmacothérapie avancée, sans quoi un déséquilibre pourrait survenir entre les deux facultés.

Pour la première fois depuis les années 1980, une finissante du programme de Maîtrise en pharmacothérapie avancée de l’Université Laval effectue sa résidence dans l’enceinte du CSSS de Chicoutimi.

«Parfois, on est considéré par les grands centres comme Montréal ou Québec comme une région très éloignée ou éloignée, tout dépend de la perspective, et on pense que nos moyens reflètent cette distance. Mais la gueule leur tombe sur la table quand ils nous rendent visite et constatent notre organisation et nos installations. On est bien loin d’être démunis comme certains le pensent», ajoute Martin Côté, qui a entamé un virage sans-papiers au sein de son service.

Les demandes d’ordonnance sont maintenant numérisées à l’écran et le tout devrait être complété d’ici à la période des Fêtes. Il contribuera, selon lui, à faciliter la tâche de la plus jeune génération de pharmaciens.