« On peut être jeune, mais on peut avoir des idées, on peut aussi faire la différence! » - Léo Bureau-Blouin

Lors de son passage dans la région la semaine dernière, Léo Bureau-Blouin a accordé une entrevue à La Pige au sujet de la position précaire du PQ, de son rôle d’adjoint parlementaire, du sommet sur l’éducation et de la fermeture de Gentilly-2.

À la suite de l’élection du Parti québécois en septembre dernier, vous avez été nommé adjoint parlementaire de la Première ministre, Pauline Marois, au dossier de la jeunesse, quel est votre rôle exactement ?

« L’idée est de conseiller la Première ministre, lui suggérer des projets en lien avec les dossiers de la jeunesse. Ainsi, je dois faire le tour des organisations jeunesse existantes qui sont soutenues par le gouvernement pour voir comment nous pouvons améliorer l’action gouvernementale chez les jeunes. Je commence par prendre part aux différents forums jeunesse, pour mieux inclure les jeunes dans les décisions gouvernementales.

Ce que je souhaite ultimement c’est que chacune des actions et projets soumis par le gouvernement soient faits en prenant en considération la jeunesse. J’aimerais aussi enlever le fossé entre les générations puisqu’il est important de se rassembler, en trouvant des projets communs ».

On sait tous que vous avez joué un rôle important lors du printemps érable en tant que président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, vous êtes-vous dirigé en politique pour poursuivre votre combat?

« Mon entrée en politique ne peut pas être séparée de mon parcours étudiant, parce que c’est un peu grâce à mon parcours étudiant que j’ai découvert un intérêt plus grand pour la politique.

Je souhaite toujours que les jeunes prennent leur place et que l’éducation soit abordable. Mais je ne souhaite pas être l’homme d’une seule cause. On se lance en politique pas seulement pour une affaire, on se lance en politique parce qu’on a l’impression qu’on peut faire la différence.

Je me fixe des objectifs et le jour où ces objectifs-là seront atteints, je m’en irai ou je m’en fixerai de nouveau.

Le problème avec la politique, c’est que nous ne pouvons pas savoir pour combien de temps nous sommes là. On se soumet au verdict de nos semblables tous les quatre ans sans savoir où cela peut nous mener.

Pour moi, la politique ce n’est pas un choix de carrière, mais combien de fois ça peut arriver dans une vie d’avoir l’opportunité de faire la différence à ce point-là?

J’espère que la symbolique de mon geste pourra donner le goût à d’autres gens de faire la différence dans leur milieu. Je crois qu’on peut être jeune, mais qu’on peut avoir des idées, on peut aussi faire la différence ».

Lors de la dernière campagne électorale, le Parti québécois a promis qu’il allait faire le point au sujet du financement des universités et de tout ce qui concerne la hausse des frais de scolarité en mettant en place un sommet sur l’éducation. Quel sera le fonctionnement de ce sommet?

« On n’a pas encore défini les balises du sommet. Ce qui est certain c’est que nous voulons faire un travail de fond, un processus qui est rigoureux, qui prend un certain temps et qui nous permet d’accueillir l’opinion des gens.

On doit aussi aller plus loin que la question des frais de scolarité. On doit parler de financement des universités, de prêts et bourses, de la façon dont les universités sont gérées, de la recherche. En gros, on doit parler de tous les éléments qui sont ressortis avec le conflit étudiant.

Mais encore, on a un désir de transparence avec ce sommet : nous avons déjà mis en ligne une page web, qui est temporaire, où on récolte les idées des gens. Même chose avec une page Facebook. Ce n’est pas la révolution, mais c’est une preuve que le gouvernement est ouvert et qu’il veut créer une interaction.

Nous n’avons pas encore défini quels seront les thèmes exacts que nous voulons aborder, mais en ce moment le parlement est vraiment ouvert. L’idée est de se faire nourrir avec les demandes des gens et de tisser des liens durables ».

Si le sommet sur l’éducation révélait que les universités ont besoin de plus d’argent, le PQ pourrait-il augmenter les frais de scolarité?

« Nous sommes prêts à tout analyser sans engager de hausse trop importante puisqu’il faut que le financement des universités se fasse en lien avec leurs besoins, c’est surtout là-dessus que les reproches ont été faits ».

Le Parti québécois a été élu de façon minoritaire le 4 septembre dernier, est-ce que le PQ marche sur des oeufs pour éviter de retourner en élections?

« C’est certain que c’est très difficile. Déjà que notre système parlementaire nous force à faire des compromis, quand on est minoritaire, nous n’avons vraiment pas le choix d’en faire sinon le gouvernement tombe. Ça oblige souvent le gouvernement à mettre de l’eau dans son vin, à prendre un chemin beaucoup plus long que prévu.

Prenons la taxe santé comme exemple. Nous aurions aimé l’abolir jusqu’au bout, mais le contexte minoritaire nous force à chercher des compromis, chercher des zones d’entente avec les partis d’opposition.

On aurait souhaité être majoritaire, mais nous sommes minoritaires, on doit faire avec. Les Québécois ont élu un parlement très divisé : un tiers, un tiers, un tiers! On est mal placé pour gouverner comme si on était tout seul ».

Un gouvernement minoritaire ne survit jamais pour la totalité d’un mandat de quatre ans, craignez-vous retomber en élections dans la prochaine année?

« Je ne préfère pas m’avancer dans des scénarios de politique-fiction, mais c’est certain que je souhaite qu’on ait le temps nécessaire pour mettre de l’avant les différentes politiques publiques qu’on veut instaurer.

On va trouver des terrains d’entente avec des partis d’opposition et c’est comme ça qu’on va avancer le plus longtemps possible et le jour où ça ne fonctionnera plus on repartira en élections ».

La fermeture de Gentilly-2 en Mauricie était une promesse électorale, mais pourquoi l’avoir précipité sans même se rendre sur les lieux pour en parler avec les personnes concernées?

« C’est certain que l’annonce s’est faite vite et qu’elle aurait pu être expliquée davantage, il y a toujours place à amélioration. Quand même, ça fait deux ans que le PQ martèle dans les tribunes environnementales qu’il va procéder au déclassement de Gentilly, cela a été dit aussi pendant la campagne, nous sommes arrivés au pouvoir et nous l’avons fait. Je pense que les gens le savaient, qu’ils avaient été mis au courant.

Il s’agit d’une bonne décision à deux points de vue, d’abord d’un point de vue économique puisqu’Hydro-Québec a démontré récemment avec son rapport que le coût de réfection de Gentilly était devenu tellement important que l’électricité produite n’était plus concurrentielle. Deuxièmement, au niveau du danger d’une centrale nucléaire puisqu’il comporte des inquiétudes légitime au niveau de la santé, et je crois que ça justifie d’agir avec prudence.

De plus, une centrale nucléaire ne se ferme pas en éteignant une lumière, il faut près de trente ans pour en arriver à une fermeture complète. Sans oublier que plusieurs de ces emplois sont protégés et que les gens seront transférés ailleurs chez Hydro-Québec.

Maintenant on doit regarder vers l’avenir pour assurer une belle qualité de vie à ces gens-là ».